Triste dimanche

Le temps est gris depuis hier, le vent d'est nous amène de l'eau. Les nuages défilent... J'aurais pourtant bien voulu aller courir pieds nus dans les prés et prendre mon amoureux par la main. S'il avait fait beau et si nous n'avions pas eu de la visite, nous serions allés tous les deux à la source, loin là-bas au fond des Plaines. L'eau y est si fraîche et si transparente, et le coin si calme ! C'est notre jardin à nous, avec les grenouilles et les petits oiseaux...

Le repas de famille s'éternise ; la tante est venue de la ville en carriole avec son bourrelier de mari et ses deux garçons. Ce n'est pas souvent qu'ils viennent. Ils n'ont pas dû avoir chaud sur la route ! L'oncle a mis le cheval à l'abri sous l'appentis, dans le petit jardin au bas de la rue, là où il y a le grand poirier et, dans un coin bien ensoleillé, quelques groseilliers.

Rêveries

Mémé Naïs m'a tant raconté de choses que, parfois, je me demande si ce n'est pas elle qui pense à travers moi ! Souvent, je m'évade, ne sachant plus trop si je plane encore à faire la course avec les papillons ou si je saute de branche en branche avec mon ami l'écureuil, si je suis moi, si je suis elle.

C'est vrai que j'aurais aimé vivre la vie simple, pourtant rude, de Mémé Naïs. C'est vrai aussi que j'en ai surtout retenu les bons moments et oublié les contraintes, peut-être parce qu'elle en parlait moins.

J'habite la ville, et nous ne retournons pas souvent au village. Quand j'étais petite, alors que la route était moins bonne et que nous mettions plus longtemps pour le rejoindre, nous y allions souvent, mais maintenant...

Vacances

Il est vraiment tôt, mais je n'ai plus sommeil. Pour moi, les vacances au village sont bien plus intéressantes qu'à la ville et, si j'osais, je serais déjà à me promener dehors, mais je risquerais de réveiller la maisonnée en me levant maintenant. Je me languis...

Le soleil commence à peine à sortir de derrière la montagne et à filtrer à travers les volets, mais il doit déjà faire chaud. Les cigales chantent en effet à tue-tête dans le vieux poirier. Je les entends comme si elles étaient sous ma fenêtre ! Pourtant, le jardinet est à une vingtaine de mètres d'ici, mais comme aucune maison ne lui fait d'ombre au soleil levant, nos cigales ont eu vite fait de se réveiller ce matin ! Quelques oiseaux gazouillent à leur tour. De temps à autre, on entend les bruits de pas de ceux qui démarrent très tôt leur journée. Parfois un volet grince. Le bruit de l'eau qui court dans le petit canal couvert au milieu de la rue me berce... Bientôt, quelqu'un viendra peut-être laver son linge ou remplir un broc au lavoir, juste à côté, où l'eau est si froide.

Ça y est !

Qu'est-ce qu'ils traînent, les parents ! Bon, d'accord, nous sommes en vacances, mais quand même ! Je crois que je vais bientôt trouver un moyen de me lever sans bruit avant tout le monde pour pouvoir aller courir les champs et les bois pendant qu'il fait encore frais. Pour ça, il faut que je joue les grandes et que je me les mette dans la poche, les parents. Vous ne croyez pas ?

Ça y est : enfin la maison s'anime ! Les parents sont levés, je vais pouvoir en faire autant et, après un bon petit déjeuner, j'irai retrouver mes amies.