La lutte sans merci

Les visiteurs, patiemment, ont pris position.
Maintenant bien retranchés, dos à la paroi,
Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, attentifs, aux abois,
Ils veillent désormais, tirent sans sommation.

Très jaloux de leur concurrente silencieuse,
Ils se barricadent avec obstination,
Étendent leur empire, confortent leurs positions,
Bien décidés à ne laisser à cette gueuse

Nul répit, pas le moindre pouce de terrain,
Quand bien même elle occupait peut-être la place
Depuis bien des saisons, muette comme la glace,
En tissant patiemment sa toile de fils d'airain.

Quoi ? Se laisseraient-ils prendre ainsi la vedette
Par une concurrente ridicule et inique ?
À moins que cette innommable et fieffée cynique
Mène en fait avec elle une armée de coquettes ?

Face à cette lutte sans merci pour le pouvoir,
Leur hôte en tout cas ne s'en sort pas indemne
Subissant des uns comme de l'autre l'hymne
Qu'en futur vainqueur chacun, criant fort victoire,

Entonne alors gaiement jour et nuit sans faiblir,
Les visiteurs brisant le calme de la nuit,
Leur ennemie en plein jour traînant son ennui,
Ponctuant son discours de trois points à blêmir...

© Robert Gastaud 16 mars 2008