A mes amis et amies d’enfance

Toi qu’un temps j’ai aimé, d’amour ou d’amitié,
Partageant le bonheur de si précieux instants,
De jeux, de confidences, en vérité ton temps,
Je n’entends plus ta voix, plus jamais… plus jamais !

Je ne vois rien de toi, pas même une silhouette…
Qu’avons-nous partagé, à quoi donc jouions-nous ?
Je creuse ma mémoire, me sens devenir fou,
Implorant tous les dieux que le cauchemar s’arrête.

J’ai pourtant folle envie de hurler ton prénom,
De chercher aux fins fonds de mon égarement
À ranimer de ma mémoire le volcan,
Et d’en faire jaillir, comme lave en fusion,

Tout ce flot bien enfoui d’images et de mots,
Ces si doux souvenirs que toi, tu as gardés
Quand moi-même, pourquoi donc ? les ai mis de côté,
Te laissant croire à tort qu’ils m’étaient un fardeau.

De ces heures plaisantes, que reste-t-il ce jour ?
Juste un doux sentiment, juste une sensation…
Mais ni visage, ni sourire, et surtout pas un son !
Ce lourd silence me hante ! Qu’ai-je donc fait pour ?

Mémoire sélective, mémoire vacillante…
Douloureuse amnésie volant mes souvenirs,
Dérobant les images, les pleurs, même les rires…
Effarante mémoire, si souvent défaillante,

Du passé occultant ces si belles années,
Refusant d’y puiser les moments formidables !
Mais de quelle infamie serais-je donc coupable
Pour que mes souvenirs soient ainsi effacés ?

Aznavour nous chante qu’il n’a rien oublié…
J’envie cet heureux homme de conserver en tête
Tous ces mots, anecdotes et vivantes saynètes,
Moi chez qui, bien trop vite, l’instant part en fumée !

Mais si, pour mon malheur, ma tête oublie les faits,
Si, en doux rêveur, je plane sur mon nuage
Au point que l’on me prend pour un fieffé sauvage,
Mon cœur, qui retient tout, ne t’a pas oublié !

© Robert Gastaud – février-mars 2008