Depuis bien des années, notre gouvernement
Vers le meilleur des mondes nous conduit patiemment.
De son droit régalien, il nous ôte vraiment,
Soucieux de notre bien, tous nos plaisirs gourmands !

Sous le maudit prétexte d'une bonne santé,
Par de pompeux discours, il nous prive de goûter
Une bien bonne chère ou un peu de fumée :
Adieu tous les plaisirs, si souvent célébrés !

Ainsi vivrons nous sains, citoyens convenables,
N'ayant plus droit à rien, pas même, ça c'est fort,
D'une poule la cuisse ou d'un lièvre le râble,
Un bon vin de Bordeaux ou un dé de Beaufort.

Nous subirons frustrés ces jours interminables,
Sevrés de ces produits de nos belles étables,
De nos douces régions regrettant les trésors
D'un Armagnac gersois ou d'un Cognac hors d'âge,

Attendant tristement notre lointaine mort,
Espérant ardemment bientôt tourner la page,
Croupissant au fauteuil et remplis de remords,
Nous souvenant encor qu'à notre plus jeune âge,

Nos aînés nous quittaient quelquefois bien trop tôt
Mais gourmands, bienheureux, acceptant ce sursis,
Profitant de la vie, encensant le cuistot,
Buvant de bons p'tits coups et bien riant aussi...

© Robert Gastaud, 23 janvier 2008