Le soleil déclinait vite en cette soirée de fin d'été.

Le sable prenait une teinte dorée, la chaleur de la journée faisait place à une douceur qu'accentuait le bleu turquoise de la mer.

Le doux clapotis des vagues qui atteignaient la petite crique où je me reposais, jouissant de ces instants de calme loin des bruits de la ville, me berçait doucement. Quelques rares cris de mouettes troublaient parfois la sérénité du moment.

La limite entre rêve et réalité devenait de plus en plus floue. Le plaisir de l'instant, seul, comptait. Dans cet état merveilleux où je me trouvais, rien n'aurait pu me distraire.
Je me trouvais seul sur une île déserte!..

Le sable prenait une teinte dorée, dorée comme la peau de l'inconnue qui, lentement, s'approchait, sortant de l'eau avant de disparaître derrière moi.

Elle revint bientôt, descendant le chemin, tenant une glace à la main.

Sa longue silhouette attirait mon regard comme un aimant. Son maillot de bain suggérait sans dévoiler, couvrait comme une caresse ses formes douces. Sa longue chevelure, dorée comme sa peau, tombait nonchalamment sur ses épaules. Dans le contre-jour, je ne voyais pas ses yeux, mais je les imaginais aussi bleus que l'azur.
Une grâce infinie se dégageait d'elle. Ses lents mouvements, sa beauté que la chaude lumière du soir exacerbait, accaparaient toute mon attention.

Elle avançait vers moi avec un petit déhanchement si voluptueux que je ne pouvais plus détacher mon regard. J'étais subjugué...

Finies les vaguelettes, finis les cris des mouettes, finie l'île déserte...

Un petit sourire coquin en guise de bonjour, et elle s'allongea près de moi sans un mot, sur le ventre, accoudée, livrant son dos bronzé aux derniers rayons du soleil et à mes yeux étonnés.

Toujours aussi énigmatique, elle ne semblait penser qu'à la crème glacée qu'elle tenait, de ses longs doigts, à portée de ses lèvres et que sa langue agile parcourait voluptueusement, que sa bouche engloutissait par moments et qui fondait, comme moi, à vue d'oeil ! Je ne sais si elle avait autant conscience que moi de l'érotisme de cette situation.

Le temps semblait arrêté. Rien n'existait plus que cette belle inconnue, indifférente à ma présence et pourtant si proche, qui jouissait d'un plaisir si simple. Son merveilleux sourire montrait à quel point elle était heureuse. Elle me regardait et pourtant ne me voyait plus. J'aurais voulu la toucher, mais je craignais qu'elle ne disparaisse comme par enchantement.

Sa langue et ses lèvres s'activaient toujours. Je ne voyais plus qu'elles. Elle rejetait de temps à autres d'un revers de main sa chevelure pour me montrer son visage et me regarder de ses yeux d'un bleu si profond. Elle croquait maintenant le biscuit...

Son indifférence, la sensualité qui se dégageait d'elle, la beauté de ses formes me faisaient oublier le temps... J'étais au paradis, mais c'était la chaleur de l'enfer qui m'enveloppait...

Bientôt elle se leva. D'une démarche souple, elle passa devant moi, belle comme ce jour finissant, se dirigea vers l'eau, s'enfonça lentement dans la mer et nagea jusqu'à disparaître.

Le soleil lui-même s'était couché, la rejoignant dans les flots bleus.

Le vent du large se fit tout à coup plus frais, les cris des mouettes plus présents, me sortant de cette torpeur dans laquelle j'avais sombré, et, soudain, je m'éveillai...

© Robert Gastaud — Octobre 1996